Les fractales contre les faussaires
Les maths ne servent pas que la physique. Elles sont un précieux recours en … art, notamment pour détecter les faux tableaux. Exemple avec les fractales et les œuvres de Pollock.
Extrait du tableau de Jackson Pollock, Number, peint en 1950. Selon le physicien Taylor, les tableaux de Pollock sont identifiables grâce aux fractales. © National Gallery of Art USA)
En 2003, on dĂ©couvre 24 tableaux que l’on attribue aussitĂ´t Ă Jackson Pollock. Ce peintre dĂ©cĂ©dĂ© en 1956, pratiquait le « dropping » : il rĂ©alisait des toiles avec des taches de peinture projetĂ©es. AussitĂ´t une querelle Ă©clate entre plusieurs spĂ©cialistes Ă©mĂ©rites de Jackson Pollock sur l’authenticitĂ© de ces Ĺ“uvres : ces tableaux inĂ©dits sont-ils des vrais ?
Les maths au secours de l’art
Pour en ĂŞtre certaine, la Fondation Pollock-Krasner dĂ©cide d’appeler les mathĂ©matiques Ă sa rescousse, la science des fractales plus exactement. Verdict : les six toiles passĂ©es au crible seraient, selon toute vraisemblance, des faux.
Comment les maths ont-elles pu trancher ? Un objet fractal, comme le flocon de neige ou le chou fleur, se dĂ©finit par la rĂ©pĂ©tition du mĂŞme motif, quelle que ce soit l’Ă©chelle choisie pour l’observer. En grossissant n’importe quelle partie, on retrouve une structure similaire Ă la structure globale.
Or, le physicien Richard Taylor, professeur Ă l’universitĂ© de l’Oregon, analyse, depuis 1990, Ă l’aide de la gĂ©omĂ©trie fractale les oeuvres du peintre amĂ©ricain. Le chercheur a ainsi dĂ©couvert que les mĂŞmes formes fractales rĂ©apparaissent systĂ©matiquement dans toutes les oeuvres du peintre. « La seule chose commune dans toutes ces peintures très diffĂ©rentes est une composition fractale qui est restĂ©e systĂ©matique tout au long des annĂ©es », affirme le scientifique. Selon lui, donc, des motifs prĂ©cis permettent de distinguer un authentique Pollock d’un simple gribouillage colorĂ©.
Trop de motifs sur les nouvelles toiles
« Des motifs prĂ©cis permettent de distinguer un authentique Pollock d’un simple gribouillage colorĂ© »
Richard Taylor a ensuite recherché ces motifs sur six des tableaux récemment découverts : on ne retrouve pas dans ces œuvres les mêmes caractéristiques que dans les autres tableaux du peintre. Dans un article publié en février 2006 par la revue Nature, le physicien explique que les motifs varient beaucoup (trop ?) et suggère que plusieurs personnes différentes ont pu les peindre.
De son cĂ´tĂ©, Ellen Landau, spĂ©cialiste de l’oeuvre de Pollock, estime que ces peintures sont authentiques. Quant Ă a Fondation Pollock-Krasner, elle a prudemment indiquĂ© qu’elle attendait des expertises supplĂ©mentaires. Les fractales ont parlĂ© mais le dĂ©bat continue. L’enjeu se compte en dizaines de millions d’euros.
Dossier rĂ©alisĂ© par Sophie Fleury, L’Internaute
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